Ce travail entend dénoncer la destruction des milieux naturels et, avec elle, la perte d’habitat pour la faune, cause majeure de l’effondrement de la biodiversité continentale. Il questionne l’espace de liberté que nous laissons à la nature, ainsi que notre manière de considérer les êtres non humains.
La série se compose de différents paysages, envisagés comme autant d’habitats naturels. Aucun animal n’y apparaît, mais chaque paysage est peint à hauteur de l’un de ses habitants, comme si le regard porté sur le lieu passait par ses yeux. Chaque tableau propose ainsi le point de vue d’un animal, dont le portrait est réalisé séparément.
Pour évoquer l’amenuisement des populations sauvages, les animaux de la série « Visions sauvages » sont doublement décontextualisés : ils sont absents de leurs paysages, comme s’ils se dissimulaient à notre regard ou comme s’ils avaient déjà disparu ; et ils sont peints à part, sur un fond artificiel, dans une mise en scène proche de la photo d’identité.
Chaque œuvre forme donc un diptyque :
• un paysage en grand format, de dimensions variables, non encadré ;
• l’animal qui lui est associé, peint dans un petit format standardisé, encadré dans une caisse en bois.
Le premier porte le nom commun de l’animal ; le second son nom latin, savant, issu de la classification naturaliste.
Un lien physique relie ces tandems de tableaux : un fil rouge, plus ou moins noirci selon la perte de population de l’espèce sur le territoire français. Si l’animal a perdu les trois quarts de sa population sous la pression des activités humaines, son fil rouge est noirci aux trois quarts à l’encre de Chine.

Au-delà du sens de « perception du monde extérieur », le mot vision porte une dimension prémonitoire, presque surnaturelle. Il suggère un futur désirable, où ce merveilleux qu’il faut peindre pour le voir pourrait redevenir réalité. Un avenir réenchanté, plus proche de la nature, porté par des êtres humains renouant avec leurs racines. Pour retrouver ce monde désirable, il faut d’abord l’imaginer, puis surtout apprendre à l’aimer.
Sous les arbres de cette forêt des Hautes Pyrénées, ombre et lumière alternent sur le sol aux rochers moussus. Au loin, une clairière ensoleillée nous invite à la déambulation. Toutes les nuances des troncs et branchages sont obtenues en mélangeant la terre de Sienne du sol au bleu outremer des ombres. Le jaune apporte la lumière et permet de créer toute la gamme de verdure. Ici, nous sommes dans la peau d’un ours des Pyrénées qui parcourt son domaine en été.


Dans une forêt des Pyrénées-Orientales peuplée de gros blocs de pierre, le soleil rasant joue à zébrer le décor. Dans l’axe de notre vision, un interstice à la géométrie étonnante nous invite à venir se réfugier sous les rochers. Ici, nous sommes dans la peau d’un renard inquiet.


Dans cette forêt des Hautes-Pyrénées dominée par les conifères, un vieil arbre est tombé puis s’est redressé. Il offre un passage à l’abri autant que des possibilités de dissimuler l’entrée d’une galerie souterraine. Sous son arche, un chemin se dessine, menant au repaire du blaireau.
L’arrière-plan chaud et lumineux de ce tableau souligne par contraste la fraîcheur ombragée de la scène en premier plan.


Baignés par une luminosité intense, les sommets des Pyrénées font déjà partie du ciel. Notre position aérienne nous permet d’embrasser l’immensité du paysage. Nous sommes dans la peau d’un faucon crécerelle.
La perspective atmosphérique de ce tableau, qui part du jaune au premier plan pour se perdre dans l’azur du ciel rend hommage à la fraîche brise d’altitude et à l’air pur des sommets.


Paysage vu au ras du sol, ombragé sous les fraîches feuilles des arums qui sont les premières plantes de sous-bois à percer le tapis de feuilles mortes à la fin de l’hiver. Reniflant les senteurs de la terre se réchauffant doucement, nous sommes dans la peau d’un hérisson.

